Un nouveau prédateur pour la fausse teigne ?


2016, année difficile pour les abeilles et pour les apiculteurs. Avec un été torride, sans pluie, et partant, sans fleurs, c’était une saison encore plus difficile que l’hiver pour les abeilles qui n'avaient pas eu un printemps suffisamment riche pour se refaire une santé.
Plusieurs ruches ne s’en sont pas sorties, déjà affaiblies, la fausse teigne y a proliféré.

Dès lors avec des températures élevées, tout va très vite. Ce qu’on retrouve à l’ouverture de la ruche est franchement repoussant, la ruche, dévastée, les larves de Galleria mellonella ne portent pas ce nom par hasard, allant jusqu’à creuser le bois des cadres et même de la ruche, outre les rayons ayant contenu du pollen ou du couvain.

Ne reste plus après qu’à nettoyer tout cela, pénible travail où l’on finit par jeter au feu les rayons envahis, feutrés des fils sécrétés par les chenilles de fausses teignes, proches des vers à soie couvrant de fil les parois et les cadres avant de tisser leur cocons dans tous les coins abrités, les angles et les espaces creux disponibles.

On essaie de détruire au plus vite les papillons avant qu’ils ne s’envolent pour aller pondre ailleurs dans une autre ruche, en essayant d’empêcher les vers de s’échapper, parfois en les jetant au feu avec les cires quand ce n’est pas avec les cadres eux-mêmes.
Le moyen le plus efficace de nettoyer la ruche vidée ou les cadres atteints après avoir essayé la flamme du chalumeau et le décapeur thermique, reste le nettoyeur à l’eau haute pression qui déloge tous les cocons incrustés dans le bois.
Pour qu’aucune chenille ne s’échappe, il est plus facile de poser le corps de ruche sur une brouette au fond de laquelle l’eau s’accumule, de façon que les chenilles libres ou libérées soient ralenties dans leur fuite en tombant dans l’eau et ne se disséminent pas.

C’est en jetant au feu les restes de rayons avec leurs chenilles que j’ai aperçu ce nouveau prédateur, avec une solution gastronomique plaisante : pourquoi jeter au feu ces larves, genre vers à soie dodus, nourris d’excellent pollen et de cires parfumées ? C'est certainement comestible ! Convaincu après en avoir goûté un grillé, restait ensuite comment les nettoyer, les préparer et les manger ?

les larves  de Galleria mellonella, appellation contrôlée, rincées dans la passoire   

Les larves de fausses teignes (Galleria mellonella) dorent dans la poële à feu moyen   

Les larves de Galleria doré cuites, servies nature dans l'assiette

Après avoir récupéré 200 à 300g des chenilles qui flottaient, les rincer dans une passoire en enlevant les petits débris de cire ou de soie, égoutter soigneusement avant de les jeter dans une poêle bien chaude avec très peu d’huile, garder à feu vif en remuant fréquemment pendant 8 à 10 minutes, jusqu’à que ce soit doré, un peu grillé mais pas trop, saler un peu, dresser et servir chaud rapidement.

Il ne restait plus qu’à déguster ce plat nouveau pour moi, consolation gastronomique pour l’apiculteur dépité de voir le travail et la vie de ses protégées réduit à rien, tout un fastidieux nettoyage à faire, en trouvant aussi une petite récompense à l’absence de traitements chimiques dans ses ruches.

Une recette un peu particulière certes, nourrie par les abeilles, peut faire partie à ce titre, de la cuisine des produits de la ruche, en plus du miel, du pollen et de l'hydromel. Le résultat à la dégustation ? Ne mâchons pas les mots : c’est bon !

Un goût très fin, assez doux, parfum un peu floral, par du pollen ou de la cire ? Craquant, presque croustillant...

J’ai fini tout le plat sans me forcer. De quoi faire oublier l’ingratitude du travail précédant la préparation. Reste encore à trouver le meilleur accompagnement.

D’autres, apiculteurs (ou pas ?) ont-ils déjà goûté ce mets ? - Oui, dit Google, c’est déjà connu, les "vers de cire", rien de très nouveau, et préparés de la même façon. Et avec d’autres préparations ? La prochaine fois, accompagné d'une petite salade assaisonnée d'une sauce au miel avec du boulgour ou des pâtes ? Tout un art, de savoir s'accomoder de la réalité.

Et éventuellement, tout pour éviter d'avoir à en manger pour qui n'aime pas.
À court terme, l'impact du prédateur sur la fausse teigne devrait être assez limité.


(publié aussi dans "L'Abeille de France & l'Apiculteur" n°1045, avril 2017)


Post sriptum important: En mai 2017, la publication de la découverte d'une chercheuse au CSIC, Federica Berocchini, également apicultrice: Galleria melllona a la capacité de digérer certaines matières plastiques, dont le polyéthylène, et si ses enzymes peuvent être isolés et synthétisés, ils pourraient s'attaquer aux débris de matières plastiques du 7ème continent qui polluent les océans de plus en plus.


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